Un regard neuf sur les “ Caravage ” de Loches ?


La Ville a sollicité l’éclairage d’une experte de la peinture italienne, Francesca Cappelletti, pour avoir un nouvel avis sur les “ Caravage ”.

En 2013, un colloque de spécialistes, organisé à Loches, penchait nettement pour l’hypothèse de copies. Pour eux, « La Cène à Emmaüs » et « L’Incrédulité de saint Thomas », exposées dans la galerie antonine à Loches, sont des œuvres de belle facture, certes. Sans doute réalisées par des compagnons de route de Caravage, d’accord. Mais pas par la main de Caravage.

C’est d’ailleurs l’avis exprimé dans le dernier bulletin municipal par le dossier coordonné par l’adjoint au patrimoine Stéphane Blond sur l’année italienne à Loches : « Ces deux tableaux sont identifiés aujourd’hui comme des copies », est-il écrit. “ Quelqu’un de nouveau ”Dans le même bulletin municipal, le maire, Marc Angenault, laisse la porte encore ouverte. Ou plus exactement, il indique avoir demandé à une experte de la peinture italienne, Francesca Cappelletti, de « nous apporter son éclairage ».

Francesca Cappelletti a été la commissaire de l’exposition-référence « Caravage à Rome, amis et ennemis », qui s’est achevée fin janvier au musée Jacquemart-André à Paris. « Après avoir été à Jacquemart-André, je lui ai écrit et proposé de venir », explique Marc Angenault à la NR.

« Au début de cette histoire, on a eu pas mal de contacts. Je vois en Francesca Cappelletti l’opportunité de contacter quelqu’un de nouveau, arrivée sur la scène plus récemment. »

A ce jour, le maire n’a eu aucune réponse de Francesca Cappelletti. Il compte la relancer par le biais de l’université de Ferrare, en Italie, où elle enseigne. Professeure d’histoire de l’art moderne, Francesca Cappelletti a beaucoup travaillé sur le Caravage (*) et les peintres caravagesques. De quoi, peut-être, apporter un regard neuf sur une vieille histoire. (*) Elle a notamment publié « Caravaggio. Un ritratto somigliante », un recueil de 270 pages portant sur l’ensemble de l’œuvre du maître italien.


Une experte de la peinture italienne est à Loches, pour étudier l’origine des “ Caravage ”. Un partenariat de recherche pourrait être créé avec la Ville.


L’histoire des deux toiles exposées dans la galerie Saint-Antoine connaîtra-t-elle, un jour, son épilogue ? Depuis plus d’une décennie, nombre d’experts ont tenté de confirmer si « L’incrédulité de Saint-Thomas » et « La Cène à Emmaüs » sont l’œuvre du maître italien Caravage, ou bien de l’un de ses compagnons, voire admirateurs. Pour percer le mystère, Francesca Cappelletti, une spécialiste du peintre, a traversé les Alpes pour se rendre sur place. Hier et aujourd’hui, cette professeure d’histoire de l’art moderne à l’université de Ferrare étudie les deux tableaux afin de, pourquoi pas, nouer un partenariat de recherche avec la ville de Loches, dans les mois à venir.

Des hypothèses sans fin



Le mystère est entier, mais une chose est certaine : si les toiles sont de bonne facture, les analyses déjà réalisées mettent en cause leur authenticité. Elles sont aujourd’hui considérées comme des copies. Ça, c’est pour la partie technique. En revanche, l’expertise que devra apporter Francesca Cappelletti est toute autre. Spécialiste de l’histoire de l’art, son travail porte surtout sur la traçabilité des tableaux, par le croisement de dates et de sources documentaires. Un travail d’enquête qui s’appuiera, entre autres, sur l’inventaire de Philippe de Béthune, grand collectionneur et mécène de Caravage, dont le blason a été retrouvé sur les toiles. « Ce document de 1608 mentionne ces deux tableaux, ce qui pousse à croire qu’ils sont authentiques. Il fait aussi mention d’autres œuvres, dont on peut douter qu’ils aient été réalisés par Caravage », pose l’experte. Voici l’un des casse-têtes qu’il conviendra de résoudre. Remonter le fil du temps devra permettre de tester les hypothèses, déjà nombreuses, formulées par d’autres experts. Les toiles sont-elles de la main de Prospero Orsi, un compagnon de route de Caravage ? « Le témoignage d’un peintre flamand rapporte qu’il ne disposait pas d’un atelier destiné à enseigner son style à des élèves ». Alors, peut-être autorisait-il la reproduction de ses œuvres, pour mieux répondre aux commandes, comme le suppose l’historien Clovis Whitfield ? « Cette stratégie commerciale est difficile à prouver. On peut croire, comme certains le supposent, que Caravage réalisait lui-même des versions différentes de ses tableaux », propose plutôt la chercheuse italienne, offrant elle aussi plus de questionnements que de réponses. « C’est ça, l’histoire de l’art : beaucoup d’hypothèses et de longues recherches, affirme-t-elle. Qu’ils soient des originaux ou des copies, ces tableaux sont les premiers à attester la diffusion du style de Caravage en France. Ils resteront des pièces de grande valeur. » Ce sont aussi ces débats sans fin qui forgent les légendes.


Source : La nouvelle république.

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